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Vers une Encyclopédie Systémique |
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1. Raisons d'être du projet de l'Encyclopédie Systémique de la Technologie
L'humanité doit affronter de redoutables problèmes dont la technologie est une des variables motrices. Son développement impétueux en rend plus difficile la compréhension alors que celle-ci est la condition première de sa maîtrise qui est une exigence sociale croissante. Cette exigence est la résultante de la conjonction historique de trois forces : 1° la prise de conscience internationale de la nécessité d'une gestion de l'écosphère et de la technosphère, 2° les interrogations sur la grande période de transition en cours, où les créations technologiques bouleversent l'économie et rendent incertains les futurs du travail, 3° les choix cruciaux à faire dans les pays en développement face à la nouvelle révolution industrielle. Face à ces problèmes majeurs, la maîtrise de la technologie ne peut être réduite à des recettes. Elle se situe dans le cadre du management de l'hyper-complexité. Elle suppose une praxéologie et une puissante instrumentalité à défaut desquelles les projets sociétaux ne peuvent se constituer et, à fortiori, être opératoires. … à une constatation : la technologie cette inconnue. Un des paradoxes de notre époque est la disproportion entre l'importance donnée à la technologie, variable révolutionnaire, miracle et mirage social, et la rareté des recherches pour comprendre la constitution et la structure des systèmes technologiques. En réalité cette constatation a été faite depuis longtemps. Ainsi dans le Capital dès 1867 K. Marx déplorait "l'absence d'une histoire critique de la technologie" (1). En 1965 Miss Joan Woodward signalait que les chercheurs auraient besoin d'une histoire naturelle de l'industrie, quelque chose de la nature d'une flore de botanique (2). En 1966, Leslie Holliday estimait que nous avions besoin de faire pour l'évolution des technologies ce que Mendeleef et Darwin ont fait pour le progrès de la chimie et de la biologie (3). De son coté Hasan Ozbektan a émis l'idée d'établir une "table périodique des technologies" (4). L'amorce de technologies très simples se trouve dans les travaux de James D. Thompson (5), de G.R. Hall et R.E. Johnson (6), de la compagnie espagnole Seis-Metra (7) (8), et plus récemment dans les typologies de C. Mitcham (9) et de J. Morin (10).
(1) MARX Karl, Le capital, livre premier,tome II, Editions sociales, 1973.
2. Prémodélisation et représentations du système technique
La démarche est difficile. D'une part, l'analyse des systèmes - la systémographie selon l'expression de J.L. LE MOIGNE - (1) apparait l'outil le plus approprié de cette modélisation, mais, d'autre part, comme le note J. LESOURNE "pour être fructueuse, cette approche suppose que la nouvelle représentation théorique s'enracine dans l'humus de la discipline scientifique considérée et ne soit pas arbitrairement plaquée sur l'existant au nom d'une quelconque théorie générale des systèmes" (2). Il est donc incontournable de s'attaquer aux problèmes de la compréhension de l'organisation du système technique, de la structure de ses relations intrinsèques et extrinsèques. Mais cet humus est un complexe d'éléments en interactions qui ne sont pas identifiés systématiquement, de couches dont il faut découvrir les articulations, où s'entremêlent diverses logiques, de construction, de fonctionnement, d'utilisation et d'évolution. Pour sortir de ce brouillamini il est nécessaire d'avoir recours à des pré-modélisations apportant des éclairages successifs et ouvrant la voie à la formulation d'une ou d'hypothèses générales. Le point de départ est le réel perçu. Comme l'écrit E. MORIN : "le but même de l'activité cognitive est de "stimuler" le réel perçu en construisant un analogon mental (la représentation), et de stimuler le réel conçu en élaborant un analogon idéel (théorie)" (3). En suivant la ligne de l'analyse systémique, différents types de représentations sont utilisables pour saisir globalement le système technologique. L'outil systématographique forgé par J.L. LE MOIGNE, "sésame de la représentation, sinon de la connaissance de l'objet" (1), est constitué par la trialectique de l'Etre, du Faire, du Devenir. La définition d'un objet se fait donc par triangulation : elle pondère une définition fonctionnelle (ce que l'objet fait), une définition ontologique (ce que l'objet est) et une définition génétique (ce que l'objet devient).
(1) J.L. LE MOIGNE : "La théorie du Système Général" - PUF, 2ème Ed., 1984.
3. Comprendre la technologie
La diversité des définitions, la polysémie du terme, le flou des différences entre "technologie et "techniques", montrent la nécessité d'une clarification et de choix conceptuels. Ceux-ci subordonnent la conception et la réalisation d'une Encyclopédie de la Technologie et, en particulier, d'une Encyclopédie finalisée pour la pédagogie de l'éducation technologique. Ces choix conceptuels sont l'aboutissement (provisoire encore), d'un long cheminement intellectuel, collectif et individuel commencé il y a 30 ans. A travers des itinéraires divers des concepteurs et promoteurs du projet, soit à partir des transferts technologiques, soit à partir de la stratégie industrielle, la conclusion convergente surgit que la butée était la compréhension de la technologie elle-même. Cette conviction se transforma en une entreprise collective au sein du CNRS en France. Elle se traduisit par le livre "Construire une Science des techniques1", où la technologie était prise dans son sens le plus général de discours, de logos, de science des techniques2. Cette conception de "la Technologie comme Science des Techniques" est résumée dans la figure annexée. Elle a pour centre la reconnaissance de la technologie comme "construit social". Dès lors, en "amont", cette construction est opérée par les "problèmes sociaux". La technologie est liée aux besoins de la société, elle y répond, elle les modifie, et parfois les crée. Elle n'est pas unie à la société par des rapports univoques, elle en fait partie. Elle est donc sous l'influence de l'intentionnel de la société, de la demande sociale, des conflits de valeurs, des fonctions assignées à la technologie. Le système politique, par ses mécanismes, la construction d'une infrastructure scientifique et technique, ses acteurs et ses projets, opère le système technologique. Ses espaces de liberté sont aussi sous la dépendance de l'inintentionnel, des lois de la nature et de la société. Car il y en a. Elles peuvent être au bénéfice de l'humanité ou produire des effets inadvertants. Le système technologique est partie du mega système qui le conditionne et qu'il influence. Il est en transactions avec son environnement, dans le sens le plus large du terme. Cette interdépendance donne naissance à des agrégations et des combinaisons multiples, à diverses logiques, de constitution, de fonctionnement, d'utilisation, d'évolution. Le paradigme dominant est celui de la complexité. Et c'est, par une récursivité dialectique, le recours à la modélisation de la complexité qui permet de la réduire à un niveau compréhensible.
4. Les conceptions de la technologie
La technologie, caractérisée par les mots qui la définissent, c'est 6.000.000 d'items. En regard il y a environ 4 millions d'espèces végétales, autant d’espèces animales et approximativement le même nombre d'espèces minérales. Cela signifie que la "variété" du système technologique (c'est-à-dire le nombre d'états que le système peut prendre) est en train d'égaler sinon de dépasser la variété du système dit de la nature. Les rapports entre la technosphère et la biosphère évoluent. La combinatoire technologique est plus élevée que celle de la nature et la création de nouvelles espèces technologiques plus rapide. Il s’ensuit une tendance au dépassement de la variété de la nature par la technosphère. Aussi est-il particulièrement important d'y voir clair dans les conceptions de la technologie qui constitue un carrefour dans nos sociétés, une intermédiation entre l'homme et la nature.
5. La technologie générale : l'édifice technologique
L'étude de la technologie doit donc concerner celle des lois, principes, propriétés physiques qui régissent la constitution des objets et artefacts mais encore la logique d'association de leurs éléments constitutifs et celle de leurs procédés de fabrication. On l'a dit, la technologie est une création de la société. Pour comprendre les associations hétérogènes (49) constitutives des éléments en relations, humains et physiques, il faut considérer ensemble ces deux groupes. Or, paradoxalement, malgré l'énorme documentation accumulée c'est la partie "physique" du système technologique - ou de "l'acteur-réseau" - qui est la moins conceptualisée et dont les connaissances sont les moins organisées. Ce qui risque de conduire à un impasse la "nouvelle vague" de sociologues de la technologie. Le projet de l'Encyclopédie Systémique de la Technologie est la réponse instrumentale à cette exigence.
(61) J. RASMUSSEN, Skills, rules and knowledge: signals, signs, and symbols, and other distinctions in human performances models, in systems design for human interaction, ANDREW P. SAGE, IEEE Press, New York, 1987.
6. Épistémologie de la technologie : les fondamentaux
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