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Contribution
Mars 2007 - Nous publions deux textes importants pour l'enseignement de la technologie :
Un article de Jean-Louis Martinand, une figure marquante de l'enseignement de la technologie en France, « L’éducation technologique à l’école moyenne en France : Problèmes de Didactique curriculaire ».
Ce texte est paru dans la revue canadienne de l'enseignement des sciences, des mathématiques et des technologies (l'éducation technologique à l'école moyenne en France : problèmes de didactique curriculaire), dans lequel il cherche à montrer comment les questions peuvent être formulées et traitées sur trois plans (politique / programmatique / didactique) et comment certaines orientations affirmées et certaines "contraintes" imposées sur un plan ou sur l'autre entraînent des conséquences sur tous les plans.
Un article "percutant" de Jean-Louis Martinand écrit avec Joël Lebeaume « Soyons honnêtes : supprimons la technologie au collège ». Jean-Louis Martinand est professeur à l’École Normale Supérieure de Cachan. Il a co-présidé le groupe d’experts chargé de la rédaction des programmes actuels de technologie. Joël Lebeaume est professeur à l’École Normale Supérieure de Cachan, ancien professeur de travaux manuels en école normale primaire et en collège, président de l’Association Européenne pour l’Éducation Technologique.
1. La formation technologique
2. Un exemple de pédagogie systémique : Le VTT
Dans les travaux préliminaires deux artefacts avaient été sélectionnés pour tester les possibilités de relier analyse systémique du produit et utilisation dans un enseignement lui même systémique. Il s'agissait de deux objets de grande diffusion auprès des jeunes, le Vélo Tout Terrain et le téléphone portable de première génération. Le cas du VTT a permis d'aller jusqu'au bout de l'expérience, c'est pourquoi il est reproduit ici.
La base conceptuelle du décryptage de la technologie peut être résumée par trois concepts clés :
la systémique comme outil de la modélisation, l'interdisciplinarité comme exigence,
et la complexité comme phénomène. Ces trois concepts étant interdépendants.
L'hypothèse générale d'organisation des connaissances est concrétisée, dans l'exemple du VTT, par la figure de "la navigation électronique". On a d'abord identifié le niveau de la fonction d'usage correspondant à l'artefact considéré (ici le VTT). C'est le module originel de la "navigation systémique et électronique". On trouvera en fichier attaché des « Elements d'arbre antropologique » à partir des verbes d'action. L'artefact appartient à une famille d'objets et à une lignée technologique, ou à une combinaison finalisée de celles-ci. Un module est relatif à la génétique de l'objet à travers l'histoire sociale de la bicyclette. Un autre concerne les 3 complexités : fonctionnelle (c'est fait pour…), structurelle (c'est fait de…), de fabrication (c'est fait comment…). A la complexité structurelle se déclinent les modules des "lois scientifiques", des "principes physiques et disciplines" impliquées dans l'artefact vingt cinq lois et principes sont identifiés. La "science du vélo" recouvre aussi la physiologie du cycliste et introduit à des éléments sur la physiologie humaine. Le croisement de la physique et de la physiologie humaine ouvre la voie vers la considération de l'énergie dans la société, l'environnement et les pollutions. L'économie du VTT se caractérise maintenant par un marché de masse et l'émergence d'un système de fabrication du VTT dérivé de l'industrie du vélo, à une division du travail entre sous-traitants, à la différenciation des produits et à la notion de masse critique du volume de production,. La complexité de fabrication touche à la combinatoire des composants, au choix des matériaux selon leurs propriétés et les spécifications requises, aux échelles de complexité de la mise en œuvre des techniques de production. La complexité de fabrication donne lieu à différents modules : celui des procédés de fabrication, du design, de l'heuristique de l'innovation, de la R&D, de la veille et de la prospective technologique. Ces modules sont articulés par des « Liens systémiques » qui serviront de guide pour la construction de liens avec la pédagogie. La "navigation interne" au VTT -ses "sorties"- permettent des « Ouvertures pédagogiques au premier niveau ». Ce qui permet d'esquisser un « Enseignement interdisciplinaire de niveau 1 ». La "navigation externe" consiste à faire la reliance entre les savoirs et disciplines spécifiques identifiés à partir de l'analyse systémique du VTT et les connaissances de la technologie générale. Ceci conduit à des « Ouvertures pédagogiques de niveau 2 » articulant les modules externes. Et finalement à un « Enseignement interdisciplinaire de de la technologie », qui relie navigations internes et externes. Des propositions sont faites pour l'organisation des analyses systémiques et des ressources pédagogiques, le choix des produits et des entrées pédagogiques, la connexion entre la systémique de la technologie et le système de l'éducation, l'interdisciplinarité comme discipline collective, le réseau comme ressource interdisciplinaire.
3. Autres exemples d'analyse systémiques
Le décryptage systémique des objets et artefacts ne s'est pas limité à celui du vélo VTT. Une convention de recherche avec le Ministère de l'enseignement Supérieur et de la Recherche avait abouti en 1993 à un prototype qui a servi de base aux travaux ultérieurs. L'analyse systémique du laser que nous reproduisons avait été faite par Mme Leila Laborel. L'analyse systémique de l'industrie automobile a été effectuée plus tard par P.F. Gonod.
4. Formation et emploi : enjeux et problèmes
Les travaux de l'EST se sont échelonnés sur de nombreuses années. Au départ et tout le long de ceux-ci, la relation entre l'emploi et la formation technologique a été présente. Le chômage, omniprésent ces vingt dernières années, posait la question des relations entre l'évolution de la technologie, marquée par l'invasion de l'électronique et de l'informatisation, et des processus de destruction et création d'emplois. Par ailleurs, la mondialisation et l'émergence de grandes puissances telles la Chine, l'Inde et le Brésil, modifiaient la donne des transferts technologiques1. Dans "l'échange composite", défini comme "le mixte de transferts libres et réciproques d'utilités et de relations de pouvoirs"2 , ces dernières deviennent plus importantes et le pouvoir de négociation des grands pays émergents s'est renforcé considérablement. Ils offrent un marché immense pour les produits et investissements étrangers, une main-d'œuvre bon marché, mais, en contrepartie, ils obtiennent des débouchés pour leurs produits manufacturés et l'accès à des technologies qui leur étaient jusqu'alors interdit. De plus, ils disposent d'un potentiel humain scientifique et technique considérable qui leur permet, à côté de la reproduction des biens à l'identique, d'innover et de développer. En cela, ils suivent la voie du Japon et de la Corée, qui sont entrés dans le club des pays technologiquement avancés. En regard de cette situation nouvelle, la position des pays développés est unanime : pour conserver l'avantage il faut faire davantage de recherche, multiplier les innovations, faire de la R&D la priorité des priorités. L'absence de régulation mondiale rend ce pari très hypothétique. Le profit continuera à pousser les entreprises à délocaliser dans les pays où il existe un différentiel de salaires, de charges et de fiscalité. Dans le cadre de la compétition internationale, les investissements sont plus de productivité que de capacité. Les fusions d'entreprises et la rationalisation qui s'ensuit sont plus source de réduction que d'augmentation de l'emploi. Ces réalités et ces perspectives suscitent des inquiétudes chez les salariés et de l'exaspération chez les jeunes qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail. Cela a conduit, en France, au projet de la "Sécurisation de l'Emploi et de la Formation" (SEF). Ce projet initié par la CGT a été repris par la plupart des centrales syndicales; les partis de gauche et même par le gouvernement de droite. Si l'on ne peut que se réjouir d'un tel et rare consensus, il convient de bien voir les conditions permissives du projet. Une de celles-ci est d'établir des itinéraires personnalisés, partant de la formation initiale et l'élargissant successivement à des connaissances de proximité, ou par des corps cognitifs nouveaux engendrant des mutations de formation. Pour cela il faut disposer de cartes cognitives, technologie incluse. Ce serait une des "sorties" essentielles de l'EST. Mais, en supposant que soit surmontée la résistance au changement des éducateurs, et particulièrement des enseignants en technologie, on peut en étant optimiste, évaluer à cinq ans le temps d'élaboration des nouveaux curricula, ajouter encore cinq ans pour la (re)formation des professeurs, dix ans pour former une masse significative d'élèves, au minimum donc vingt ans pour que le SEF dispose d'outils opérationnels et agisse en profondeur sur le système. Et il faut ajouter qu'au cours de ce temps les technologies évolueront, et qu'il faudrait, constamment, mettre à jour l'outil pour réviser les trajectoires professionnelles. L'éducation est une puissance lourde et un système à forte inertie. Il faudrait, sur la base de l'expérimentation, dégager les raccourcis possibles. La contrainte des temps devrait inciter à démarrer au plus vite l'EST comme instrument de nouvelles politiques de l'emploi et de la formation. En 2007, on en est pas là… |
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